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Lettre aux parlementaires : pourquoi c’est NON au projet Hercule

Mesdames et Messieurs les Député·e·s,
Mesdames les Sénatrices et Messieurs les Sénateurs,

En tant que salarié d’EDF, je tiens à vous alerter sur les risques que fait peser le projet Hercule sur le service public de l’électricité et sur la transition énergétique.

Ce projet, qui sera présenté par le PDG d’EDF aux syndicats et à la presse très prochainement, devrait faire l’objet d’un vote à l’Assemblée début 2021. Mais je crains qu’une fois de plus, le débat ne soit confisqué et que la marche forcée vers la privatisation et la mise en concurrence de ce secteur essentiel et stratégique se poursuive, malgré un bilan catastrophique, malgré l’opposition des citoyens, malgré l’absence de justification et malgré l’absurdité technique, économique, écologique et sociale de ce modèle…

Le projet Hercule vise à éclater EDF en une multitude de filiales étanches, n’ayant pas le droit d’échanger de l’information ni de de bénéficier de financements mutualisés (« cash-pooling »). Ces filiales seraient regroupées en deux pôles :

  • un pôle 100% public, dit « Bleu », regroupant le nucléaire, l’hydraulique et le thermique (vraisemblablement au sein de trois sous-filiales étanches entre elles) ;
  • un pôle plus largement ouvert aux capitaux privés, à hauteur de 30% dans un premier temps (Vert) regroupant les autres activités d’EDF via un ensemble de sous-filiales : activité renouvelable (éolien et solaire), activité de commercialisation (ou « fourniture »), réseau de distribution (Enedis), services, activités internationales hors nucléaire…

Un compte-rendu de négociations entre l’Agence des Participations de l’État et la Direction de la Concurrence de la Commission Européenne donne un aperçu des exigences de l’UE, guidée exclusivement par un objectif de mise en concurrence, sans jamais mentionner le service public, la crise climatique ni l’intérêt des usagers.
Le gouvernement français et la direction d’EDF justifient ce projet par la nécessité de « mettre à l’abri » le nucléaire, alors que la régulation actuelle (ARENH) ne permet pas de couvrir les coûts de production.

Nous ne nions pas que la situation actuelle est intenable, mais elle est due à une organisation de marché plaquée sur un système électrique qui ne s’y prête pas, car c’est un monopole naturel intégré. Prétendre résoudre ce dysfonctionnement en généralisant le marché, en éclatant un peu plus EDF, et en privatisant les énergies renouvelables et le réseau de distribution ne résoudra rien, au contraire.

Ce serait une fuite en avant, alors que l’urgence climatique exige une planification et des investissements massifs de long terme incompatibles avec le marché.
Après 20 ans de libéralisation, le constat d’échec ne peut être nié :

  • les factures ont flambé (+60 à 70% depuis 2007, date d’ouverture des marchés pour les clients résidentiels), et plus personne n’ose prétendre que la concurrence peut faire baisser les prix, pas même le président de la Commission de Régulation de l’Énergie, Jean-François Carenco ;
  • aucun nouveau service n’est apparu ;
  • la France a pris du retard dans le développement des énergies renouvelables, et les mécanismes de subvention sont décrits comme très coûteux et peu efficaces par la Cour des Comptes ;
  • les travaux d’isolation nécessaires à la réduction de la consommation ont pris encore plus de retard et n’ont pas la qualité requise, ce qui est là encore pointé par de nombreux rapports ;
  • les clients se retrouvent confrontés à un système opaque, à des interlocuteurs multiples, ils ont le « choix » entre une centaine d’offres qu’ils ne comprennent pas, pour un produit de toute façon identique (l’électricité délivrée est la même pour tous), sont la proie de démarchages incessants et souvent frauduleux, dénoncés régulièrement par le médiateur de l’Énergie ;
  • l’accompagnement des clients précaires est défectueuse, l’équité de traitement disparaît avec les offres individuelles, et les tarifs régulés sont appelés à disparaître en 2023.
  • les prix de marché sont très volatiles et déconnectés du coût de l’électricité, exposant les clients à des risques financiers et mettant les producteurs en difficulté.
  • dans cet univers rendu instable, sous-investissement, baisse des budgets de recherche et d’ingénierie, et focalisation sur des indicateurs financiers de court terme mettent en danger la sûreté des installations et celle du système électrique.

Alors que la crise sanitaire nous a rappelé douloureusement l’importance vitale de disposer de services publics forts, nécessitant planification et investissements, permettant à chacun d’accéder aux biens essentiels, alors que l’urgence climatique nous rappelle chaque jour la nécessité d’agir vite et efficacement, nous ne pouvons nous résoudre à voir EDF à nouveau découpée, et le système électrique livré un peu plus aux intérêts privés, en dehors de tout contrôle démocratique et contre l’intérêt de tous.

Nous devons empêcher ce nouveau coup porté à l’intérêt général.
Nous devons nous donner les moyens de répondre à la crise climatique tout en garantissant l’accès à tous à l’énergie.
Nous devons réinventer ensemble et imposer un service public de l’électricité, sous contrôle de ses salariés et des citoyens.

Je vous remercie par avance de votre aide et vous prie de recevoir, Madame la Ministre, Mesdames et Messieurs les Députés & Sénateurs, mes meilleures salutations.

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Projet Hercule ou démantèlement d’EDF et attaque du Service Public de l’Énergie. Voir, Lire, Écouter nos argumentaires

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