Communiqué de presse : Crise dans les renouvelables électriques : pour une défense des salarié·es et la socialisation de l’énergie
Contexte :
Un appel à mobilisation des salarié·es des énergies renouvelables a été lancé à l’initiative de CSE et d’acteurs de la filière le 10 février à Montpellier et à Paris, alertant sur la multiplication des suppressions d’emplois et sur l’absence de cap politique clair pour la transition énergétique. Ce texte met en avant l’instabilité réglementaire, les retards de programmation et le manque de visibilité économique comme causes principales des difficultés actuelles. Les revendications formulées s’orientent vers une programmation pluriannuelle de l’énergie stabilisée, une continuité des appels d’offres et des conditions économiques favorables au redémarrage de la filière.
Nous partageons l’inquiétude sur la situation sociale du secteur et soutenons l’émergence d’une mobilisation collective des salarié⋅es et appelons à rejoindre les rassemblements. Mais ce diagnostic ne suffit pas à répondre aux enjeux posés par la crise actuelle, il est nécessaire de remettre en cause toute l’organisation actuelle de la filière.
Notre position :
La crise qui frappe aujourd’hui les énergies renouvelables se traduit concrètement par des licenciements, des gels de recrutements et une instabilité croissante pour nous, travailleuses et travailleurs du secteur. Elle révèle une fragilité profonde d’une filière pourtant présentée comme stratégique pour la transition énergétique.
Jusqu’à présent, le discours public de défense des renouvelables a surtout été porté par des syndicats professionnels et des représentants d’entreprises et non des syndicats de salarié⋅es. Leur objectif est de restaurer les conditions économiques qui permettaient à la filière de fonctionner comme les années précédentes. Les annonces issues de leurs échanges avec les législateurs vont dans ce sens.
Autrement dit, la revendication centrale revient, dans les faits, à demander le retour d’une programmation énergétique et de tarifs d’achat permettant au modèle existant de repartir. Défendre la filière pour qu’elle redevienne ce qu’elle était.
Pour nous, ce n’est pas suffisant.
La crise actuelle ne relève pas uniquement d’un défaut de pilotage politique. Elle met en lumière une contradiction plus profonde. Le secteur est présenté comme un marché autonome, tout en dépendant structurellement de la puissance publique pour survivre. Cette organisation ne profite qu’au patronat. Elle permet de capter la valeur dans les phases hautes, puis de se défausser du risque dans les phases basses, en licenciant, en restructurant ou en externalisant.
Et lorsque le système craque, ce sont les mêmes acteurs qui accusent l’État d’un manque de planification et pressent les responsables politiques d’agir, après avoir combattu toute planification cohérente dès qu’elle menaçait leurs marges.
Dans ce cadre, nos emplois deviennent des variables d’ajustement. Restaurer simplement les conditions d’avant sans remettre en cause cette organisation reviendrait à préparer la prochaine crise.
Face à cela, nous affirmons qu’il est indispensable que nous, salarié·es des énergies renouvelables, nous organisions collectivement pour défendre nos intérêts. Nous ne pouvons pas déléguer entièrement notre voix à des acteurs dont les priorités restent avant tout économiques.
Ce sont nos compétences, notre travail quotidien et notre organisation qui produisent concrètement l’électricité et font fonctionner le système énergétique. Nous maîtrisons déjà ses dimensions techniques et industrielles. Cela signifie que nous sommes pleinement capables de participer à sa planification et à son orientation.
C’est par notre organisation collective que nous pourrons protéger durablement nos emplois, nos savoir-faire et nos conditions de travail. Et c’est à partir de cette position que nous pouvons porter une vision plus ambitieuse de la transition.
Nous voulons aller plus loin que la simple remise en marche du modèle existant. L’énergie est un secteur stratégique qui ne peut pas être abandonné aux seules logiques de concurrence et de rentabilité à court terme. Socialiser l’énergie, c’est l’organiser autour des besoins collectifs, d’une planification de long terme et de la sécurisation de l’emploi, avec les salarié·es au cœur des décisions.
La mobilisation actuelle ne doit pas seulement chercher à remettre en marche un modèle fragilisé. Elle doit ouvrir un débat sur le sens de la transition énergétique et sur la place centrale des travailleuses et des travailleurs dans son organisation.
Défendre les renouvelables, pour nous, c’est défendre celles et ceux qui les font vivre. Cela suppose de dépasser une logique de simple ajustement économique pour construire un secteur énergétique stable, socialement juste et démocratiquement maîtrisé.
Rendez-vous à Montpellier sur la Place des Martyrs de la Résistance devant la préfecture le 10/02 à 11h et à Paris le 10/02 à la sortie Invalides du métro 8 à 11h.
La fédération Sud Energie


