Publication de la PPE3 : Pour les salarié·es des énergies renouvelables électriques, aucun soulagement !

La publication de la troisième Programmation Pluriannuelle de l’Énergie était attendue comme un signal fort pour le secteur des énergies renouvelables. Pour les salarié·es, c’est surtout la confirmation d’un cap insuffisant, instable et incapable de répondre aux enjeux sociaux, industriels et écologiques.

Après des mois d’incertitudes, de menaces de moratoire et de flottement réglementaire, la PPE3 ne sécurise ni l’emploi, ni le développement du secteur EnR, ni la planification énergétique dont le pays a réellement besoin. La mobilisation du 10 février, qui a rassemblé près de 1 000 salarié·es à Paris devant les Invalides et à Montpellier devant la préfecture, constitue un fait politique majeur et inattendu. Une première depuis quinze ans dans la filière. SUD Énergie, qui a participé activement aux mobilisations,soutient concrètement cette dynamique et appelle à la poursuivre. La PPE3 publiée n’est clairement pas à la hauteur de cette mobilisation ni des besoins du secteur.

Concernant le solaire photovoltaïque, la communication gouvernementale met en avant un objectif présenté comme ambitieux : multiplier par trois la puissance installée à l’horizon 2035. Mais cette annonce repose sur une comparaison trompeuse. Le point de départ retenu est l’année 2023, avec 19,3 GW installés, pour un objectif de 48 GW en 2030. On est donc très loin d’un triplement réel.

En prenant une estimation plus proche de la réalité industrielle, avec environ 30 GW installés fin 2025, la trajectoire implique un rythme d’installation d’environ 3,6 GW par an jusqu’en 2030, puis entre 2,5 et 5 GW par an jusqu’en 2035. À titre de comparaison, près de 5 GW ont été installés en 2024. Autrement dit, la PPE entérine un ralentissement par rapport à la dynamique actuelle, alors même que la filière démontre sa capacité d’accélération. Cette lecture doit aussi intégrer les projets déjà engagés. Plus de 8 GW de capacités disposent d’une convention de raccordement signée à mi-2025. Le décalage entre la réalité industrielle et la trajectoire politique crée un effet d’embouteillage qui fragilise par ricochet l’emploi et la transition énergétique.

La synthèse stratégique de la PPE précise en outre que le soutien public sera plafonné à environ 2,9 GW par an jusqu’en 2028, puis réparti entre des appels d’offres limités pour le photovoltaïque au sol et sur bâtiments. Ce rythme est largement en dessous de ce que la filière peut et devrait faire pour atteindre nos objectifs climatiques. D’autant que depuis la fin de l’été, il y avait un moratoire de fait avec un blocage d’un appel d’offres prévu pour décembre dernier. Ces plafonds structurent concrètement le rythme de développement. Même les éléments présentés comme positifs, comme la prise en compte accrue des petites et moyennes toitures, restent conditionnés à des ajustements futurs liés à la conjoncture économique ou politique. Cela confirme une trajectoire instable, dépendante d’arbitrages permanents, loin d’une véritable planification.

La situation est aussi alarmante  pour l’éolien terrestre. Les volumes annoncés traduisent un net ralentissement, avec des objectifs intégrant le repowering plutôt qu’un développement réel de nouvelles capacités. Cette orientation freine la filière et prépare des pertes d’emplois. Les projets déjà autorisés risquent de se retrouver pris dans un goulot d’étranglement, accentuant l’instabilité du secteur. Le gouvernement a cédé aux sirènes de l’extrême droite, farouchement opposée aux éoliennes, à rebours de l’opinion publique, de nos besoins énergétiques futurs et contraire à une perspective de réindustrialisation. Cette inclination au RN est confirmée par la présence d’une clause de revoyure simplifiée prévue pour 2027.

Au-delà des chiffres, la PPE3 entérine un recul politique. L’objectif de 60 % d’énergie dite décarbonée dans la consommation finale en 2030 dilue volontairement la part des renouvelables dans un ensemble incluant le nucléaire. Cette approche entretient un flou politique qui fragilise les salarié·es comme les outils industriels et place la France en retrait de ses engagements européens.

Mais le cœur du problème ne se situe pas dans l’opposition artificielle entre technologies. La crise actuelle révèle les limites d’un système énergétique soumis aux logiques du marché, de la concurrence et de la rentabilité financière. Tant que la transition reste pilotée par ces critères, les salarié·es subissent l’instabilité permanente, les cycles de boom et de ralentissement, et la concentration de la valeur au profit des plus gros acteurs.

Dans ce contexte, les syndicats patronaux tentent déjà de présenter cette PPE comme un compromis acceptable. Après avoir agité la menace du pire, freiné les mobilisations de salarié·es et négocié à huis clos, ils entérinent une trajectoire au rabais. Leur priorité reste la stabilisation de leurs marchés, pas la défense des emplois ni la transformation du secteur. Ne nous y trompons pas, la casse sociale continue.

Face à cette impasse, SUD Énergie porte des revendications claires.

Nous défendons la socialisation de l’énergie. Produire l’électricité relève d’un besoin collectif vital. Cette production doit être organisée démocratiquement autour de l’intérêt social, et non soumise aux arbitrages patronaux ou aux oscillations de politiques publiques dictées par la rentabilité. Socialiser l’énergie signifie sécuriser la filière, garantir la continuité industrielle et sortir de la concurrence destructrice.

Obtenir des garanties collectives permet de sortir du face-à-face permanent entre patronat et État qui met aujourd’hui toute la filière en danger. Sécuriser les droits, les parcours professionnels et les conditions de travail constitue une condition pour une véritable planification énergétique écologique.

La mobilisation doit se poursuivre et s’élargir. SUD Énergie appelle à l’organisation autonome des salarié·es de l’énergie, toutes technologies confondues. C’est par un rapport de force indépendant, inter-entreprises et inter-filières, que nous pourrons imposer une planification énergétique socialisée, démocratique et tournée vers l’intérêt collectif. Camarades syndiqué⋅es ou non syndiqué⋅es, élu⋅es au CSE ou non, nous avons ensemble, et seulement ensemble, la possibilité de maintenir nos emplois et de faire une vraie transition énergétique et sociale. 

Celles et ceux qui produisent l’énergie ont la légitimité et la capacité d’en organiser l’avenir. C’est sur cette base que nous appelons à poursuivre la mobilisation.

 

SUD Énergie Enercoop & Sud Energie 34