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RTE 9 MOIS DE GRÉVE AU DISPATCHING

Le Dispatching de Toulouse est en grève depuis plus de 6 mois. Nous avons peu ou pas communiqué pour faciliter les échanges avec la Direction de RTE mais maintenant il est temps de vous faire l’état des lieux sur ce mouvement qui a trop duré.

Sud-Energie vous offre sa vision en une mini-série en 3 épisodes.

Episode 1 / 3
Reprenons tout depuis le début

Le mouvement de grève du dispatching de Toulouse impacte depuis plusieurs mois l’activité de beaucoup d’entre vous. Nous sommes conscients de cela et regrettons chaque jour de devoir utiliser ce moyen pour communiquer avec le Directoire. Les dispatchers de Toulouse souffrent également au quotidien de ne pas pouvoir remplir normalement nos missions.
Il est temps aujourd’hui, de vous informer précisément de la situation et de son devenir.

L’Origine du mouvement :

L’annonce à l’été 2018 du projet d’entreprise a été très violemment vécue par de nombreux salariés et notamment le collectif du service conduite de Toulouse.
Affectés par l’annonce de la fermeture du site et très critiques sur le fond technique et organisationnel du projet  (« la cible ») de  nombreux agents se sont mobilisés pour un projet alternatif.

S’en est suivi un mouvement de grève durant ce même été.
Le flou (volontaire ?) autour de ce projet et de ses contours n’a permis aucune discussion et le mouvement s’est essoufflé par dépit à défaut d’avoir été convaincus. Les salariés n’ont alors eu d’autre choix  que de faire confiance à leur direction.
En effet la direction prônait la construction de ce projet avec les salariés en promettant également des mesures d’accompagnement décentes.

« Attendez, rien n’est encore signé nous discuterons (écouterons vos revendications) quand le projet et l’accompagnement seront décidés » :
Les agents se sont impliqués dans différents groupes de travail avec pour objectif d’apporter leur contribution et expertise technique dans les orientations du PE. Ils auront très vite compris que seul le choix de la couleur de la moquette sera accordé renforçant leur sentiment d’abandon et de frustration. La contradiction technique ne fait visiblement plus partie de l’ADN de l’entreprise ce qui nous semble dangereux et inconscient si l’on veut construire un projet industriel robuste de façon sereine.

« La décision est signée, circulez y a rien à voir » :
Quelques mois plus tard, la démultiplication du kit de communication de 2018 tourne toujours en boucle sans évolution majeure mais surtout sans convaincre et c’est dans ce contexte que la décision est brutalement prise d’entériner la fermeture des dispatchings régionaux sans n’avoir jamais pris en compte l’avis des salariés.

A quand les bonnes nouvelles ?
Dans la continuité, le processus et ses conséquences sur les salariés furent identiques avec Diname et donc avec les mesures d’accompagnement. Aucune négociation n’a pu être réellement entamée, la direction prenant la décision d’appliquer ce texte au détriment du pouvoir d’achat des salariés mais aussi (nous le verrons plus tard) à l’encontre des textes de branche.

Il semblerait que le cabinet d’expertise indépendant Syndex ait la même vision que nous et considère ce  dispositif comme moins disant et largement inéquitable.
« Par ailleurs, des mesures peuvent être défavorables par rapport à l’ancien système, quel que soit le cas de figure. »
« Le nouveau dispositif créé donc des iniquités entre les salariés »,
Cf. Rapport Syndex pour le CSE Exploitation, daté du 28 juin 2021.

Le coup de grâce !
Jamais 2 sans 3, la direction s’attaque alors à l’ATT des salles H24. Cette parodie de négociation aura accouché d’un accord qui n’aura pas satisfait les salariés du temps réel.

En effet cet accord est au rabais sur tous les points, la négociation permettant seulement de sauver les meubles (et encore …). Cet épisode aura fini d’achever les espoirs des salariés et définitivement rompre la confiance envers la direction.

Une grève inévitable et prévisible !
Face au mépris de la direction envers ses salariés nous n’avons eu d’autre choix que de déposer un préavis de grève.

Les revendications furent :
–         Maintien des salles de flux en région.
–         A défaut : Accompagnement décent dans le cadre d’une réforme de structure.

La direction a choisi de ne pas vouloir comprendre ces revendications plongeant le mouvement dans la durée sans qu’aucune discussion collective ne se tienne !

Episode 2 /3
La Leçon de Management

Nous avons évoqué dans l’épisode précédent les causes d’un mouvement prévisible et inéluctable. Ce mouvement a été largement exacerbé par le comportement de nos managers sous couvert d’un directoire toujours plus dur et borné. Il nous semble important ici de décrire précisément l’ampleur d’un tel mouvement et la violence des décisions de l’entreprise. La suite est synonyme d’inconnu tant ce mouvement est sans précédent pour la direction.

Des chiffres à faire frémir

Le mouvement de grève entamé en novembre laissera forcement d’indélébiles traces pour les agents grévistes mais aussi dans les relations humaines privées de la confiance nécessaire à un travail de qualité exercé dans de bonnes conditions.

En effet le mouvement de grève c’est :

  • 9 mois de lutte
  • Quasi 100 % de grévistes sur tous les quarts en heures ouvrables !
  • Soit un total de plus de 2800 heures grevées.
  • plus de 1000 chantiers annulés dans le sud-ouest
  • 13 arrêts maladie ! (sur 29 salariés)

Une direction régionale impuissante

La hiérarchie locale, se borne à une communication descendante, sans remontée et sans réponse à nos questions. Nos managers locaux que RTE2 a amputé de tout pouvoir de décision, sont réduits à faire tourner en boucle les slides du national sans toujours les comprendre et surtout sans argument face à des salariés pleinement impliqués dans leur avenir…

Le mutisme du directoire

Bien qu’incompréhensibles, les méthodes de l’entreprise  pour « gérer » ce conflit, ne relèvent pas de la surprise. De nombreux indices confirment les nouvelles orientations en matière de management à destination des « récalcitrants » (toute personne ayant gardé un sens critique !) :

Autorité, fermeté, menaces et sanctions.

Nous serons passés de l’ignorance au mépris, et ce n’est qu’après 6 mois de conflit qu’une délégation du directoire a daigné venir rencontrer les agents.
Le directoire refusera toute proposition de discussion et de négociation initiée par les agents grévistes ! La souffrance des agents grévistes du Dispatching et les conséquences humaines, techniques et financières du mouvement ne valent à priori pas la peine d’ouvrir la discussion.

Voilà un bel exemple de dialogue social !

Les dérives du management, parlons-en !

Que dire lorsque le DRH Sud-Ouest intervenant en réunion de service avec l’aval de la hiérarchie menace ouvertement les salariés et leur dit que dorénavant leur temps de repos ne leur appartient plus, qu’ils seront contraints de se soumettre à la convocation du management sous peine de sanctions et cela sans la moindre justification, sans tact, provoquant une altercation prévisible et inutile, débouchant par ailleurs sur un arrêt maladie.
Le cas se produira la même semaine contraignant un agent sur son temps de repos alors qu’il n’était pas disponible…
Nous entendrons même en réponse à notre mécontentement que si nous n’étions pas satisfaits, peu importe le sujet, il n’y avait qu’à attaquer l’entreprise en justice.

De quoi douter encore plus de l’utilité de ce millefeuille managérial éloignant de plus en plus les agents de ceux qui prennent les décisions.
Ce management réussit la prouesse pour une fois qu’il prend une décision de le faire en dehors de tout cadre. Il s’octroie donc le loisir de modifier les règles, sans préavis ni justification légale.
Aucun texte ne fait part de telles contraintes sur le planning du salarié même pas dans le nouvel accord ATT pourtant riche en régressions.

Le prix du dialogue social

Alors que les droits d’expression du mécontentement au Dispatching est largement encadré et que les agents du service conduite de Toulouse s’y conforment, la direction se permet d’évoluer hors du cadre réglementaire qu’elle a elle-même fixé, le tout en menaçant les agents de sanction à la moindre dérive. L’impunité règne en maître dans les rangs managériaux et le rapport de force en devient largement déséquilibré et injuste.

L’entreprise préfère traiter les conséquences de cette crise sans jamais tenter de traiter les causes. Autrement dit : apprendre à vivre avec le conflit plutôt que d’en sortir.
Bien loin du terrain, il est vrai que la Direction ne souffre pas trop des conséquences de ce mouvement.
Nous aurons ressenti lors de ce mouvement de nombreux cas de contournement de la grève.

Pour exemple plus de 250 retraits Urgents auront été prononcés sur la période. Les retraits urgents, bien encadrés par le CCRT prendront une version « new-look » et entreront même dans le cycle de planification.
Bon nombre de ces retraits sont assurément de « faux RU » imposant le CCO à effectuer les gestes pour lesquels il n’est pas payé.

Nous avons assisté à de nombreux autres cas de non-respect des règles du CCRT mais aussi de la note gérant les conflits sociaux et ce, en toute impunité.

L’attitude de certains cadres d’astreintes système (CAS) a été perçu comme du harcèlement individuel. La volonté de pousser à la faute un salarié en poste au dispatching pour l’envoyer en conseil de discipline afin de faire un exemple et décourager les autres est une évidence.
Cela se fait sans prendre en considération que le salarié harcelé a la responsabilité d’une partie du réseau électrique et que toute erreur peut avoir des conséquences immédiates sur les personnes et les biens.

Malgré les alertes de Sud Energie et de la CGT,

Malgré les alertes des managers du Dispatching,

Malgré les alertes de la médecine du travail,

Malgré les alertes des salariés,

Malgré les arrêts maladies d’un tiers des salariés,

Le harcèlement au quotidien se poursuit…

Episode 3 /3
Et Maintenant ?

Nous avons évoqué dans les épisodes précédents, la genèse et les raisons du mouvement social toujours en cours à l’Exploitation avant de le décrire et d’exposer les méthodes utilisées par notre direction pour faire plier les récalcitrants. Vous l’aurez compris, la direction de l’entreprise n’aura pas mis à profit  ces deux mois d’été pour chercher une issue positive à ce conflit social ! Au contraire, la rentrée annonce son lot de nouvelles mesures visant à annuler l’impact de la grève. Les méthodes sont dignes des pires scénarios dont seule notre direction a le secret ! Il est donc temps dans ce troisième épisode d’évoquer les décisions  qui permettraient de faire cesser le trouble.

Les revendications

Sud Energie s’est toujours opposé au projet d’entreprise et surtout à la cible décidée et verrouillée depuis les annonces de 2018. En effet nous ne croyons pas à ce projet qui, en plus de mettre de nombreux salariés en difficulté, semble pour nous bien fragile à de nombreux égards et nous inquiète au plus haut point. De son côté, le Service Conduite de Toulouse revendique depuis plusieurs mois la simple application des textes en vigueur pour traiter les réorganisations.    

Le sujet de la discorde  

Au risque de vous surprendre, la sortie de crise est tributaire d’un problème d’interprétation (ou de mauvaise foi c’est selon). En effet, deux lectures différentes sont faites  d’un même document. Avant de développer notre opinion, nous allons d’abord essayer de ne pas vous influencer et vous livrer le paragraphe en question pour vous en faire une idée critique et objective.

En effet les pers 70.48 et 49 applicables à la branche des IEG, sont applicables à RTE, ce que ne dément pas la direction et sont même mentionnées en préambule comme cadre de référence dans l’écriture de DINAME.
Oui mais :
La direction a oublié quelques passages de ces notes poussiéreuses en connaissance de cause et balbutie aujourd’hui pour retomber sur ses pattes. Dans ce paragraphe sont présentées les conditions d’éligibilité aux différentes primes.   ·       

Ce que dit le texte :

c)       En cas de transfert de lieu de travail, des dispositions sont prises pour indemniser, sous certaines conditions, les augmentations du temps de trajet et les frais supplémentaires de transport ou de loyer.
D’autre part, les avantages, primes et indemnités attachés à l’exercice d’une fonction, ayant le caractère d’un complément permanent de salaire, et dont les motifs disparaissent par suite d’une réforme de structures, ouvrent droit à indemnisation pour les agents intéressés.  

Puis un peu plus loin nous trouvons :

36   Compensation de primes et indemnités liées à l’exercice d’une fonction                 
Les primes et indemnités attachées à l’exercice d’une fonction cessent d’être payées lorsque la fonction n’est plus exercée.
         Cependant, une compensation est accordée quand l’ancienne fonction ouvrait droit au paiement de primes ou indemnités spécifiques liées à son exercice, et ayant le caractère d’un complément permanent de salaire et que leur suppression intervient par suite de réforme de structures ou de modification des méthodes de travail. ·      

Ce que lit la direction : Il faut déménager pour être éligible à cette compensation (perte de primes et indemnités).   ·      

Ce que nous lisons : Ce qui est écrit.  

Cette réponse peut paraitre provocatrice et nous allons donc la développer afin de ne blesser personne.
Les conditions d’éligibilité sont parfaitement décrites dans le paragraphe c). Nous voyons bien que le seul motif ouvrant droit à cette compensation, déclinable en prime résorbable est de perdre les indemnités liées à la fonction, suite à réforme ou réorganisation.
L’attribution d’une prime pour perte de rémunération ne peut être dépendante d’un déménagement (d’abord cela  n’a rien à voir, de plus le déménagement suite à  transfert d’activité est déjà traité dans DINAME).
Il parait évident  que la perte de rémunération a le même impact pour les agents qu’ils soient mobiles ou non. En l’occurrence, cette prime résorbable n’apparait dans aucun texte actuel même si Mme Martinon et Mme Moreau-Follenfant nous diront avant l’été qu’elle sera versée aux agents qui déménagent.  
Ces deux lectures du document nous mènent tranquillement à l’impasse dont seule la direction peut nous sortir en se ressaisissant et en faisant preuve d’honnêteté.
Lors d’une intervention au CE Toulouse Mme Martinon nous dira que l’entreprise n’a pas les moyens de payer cette prime aux agents. Nous pensons bien sûr que le respect des règles en vigueur dans les IEG n’est pas facultatif et qu’il aurait été plus judicieux d’introduire cette mesure dans le coût global du projet. 
Si l’entreprise veut vivre au-dessus de ses moyens ce n’est sûrement pas au détriment des agents.  

Et maintenant, comment sort-on de là ?  

Nous espérons sortir au plus vite de ce mouvement. Ceci est à la main de notre directoire s’il recouvre la raison et accepte l’application des textes comme ils sont écrits, en mettant de côté ce que nous voyons comme de la malhonnêteté intellectuelle.  

Pour rappel et pour éviter tout malentendu, la demande des agents grévistes de Toulouse est claire et limpide :     

L’application stricte des notes N.70-48 et N.70-49, notamment l’application à TOUS les salariés d’une prime résorbable venant compenser la perte des primes associées à leur fonction suite à réorganisation.  

La direction semble inciter les agents grévistes à se tourner vers la voie judiciaire. Aller en justice est-il un acte satisfaisant permettant de lever le mouvement de contestation ? Le facteur temps ne parait pas avoir de prise sur notre Direction qui se complait dans la situation actuelle.   Pourtant le temps presse, les agents, eux, n’ont pas ce temps à disposition. Le bilan humain est de plus en plus lourd (Cf. le nombre d’arrêt maladie). Il leur est demandé de se positionner sur des mobilités fonctionnelles ou géographiques aujourd’hui pour dans 3 ans (pour Toulouse) et forcément l’application de ces primes peut venir modifier les choix de projets professionnels. Les échéances se rapprochent ; bientôt les premières mobilités liées au déménagement du Dispatching de Saint Quentin.  

Un combat égoïste ?  

A tous les agents RTE, rappelez-vous que nous sommes tous concernés. Avez-vous bien conscience que nous ne menons pas ce combat seulement pour nous, collectif d’un centre qui ferme ?
En effet le PE concernerait 2000 personnes pour une mobilité géographique ou fonctionnelle, soit 2000 personnes potentiellement concernées par les mesures d’accompagnement  que nous défendons. Aujourd’hui les salariés des services « conduite », demain les autres.  

Enfin, nous pensons à tous les agents ayant fait et refait le travail qu’ils soient à la planification, à D&I, à la maintenance…  et ont vu leur travail empêché.
Nous pensons aussi à tous les agents ayant vu leur pouvoir d’achat baisser en raison de notre action avec une pensée particulière aux agents (surtout les plus jeunes embauchés) du terrain.
Nous pensons aux agents de Nancy qui ont vu partir en fumée les promesses de la direction.
Nous pensons aussi aux personnes de bureau isolées dans leurs collectifs qui mutent et dont on s’occupe bien moins que les dispatchers à recaser (et surtout à calmer).  

Réveillons-nous !  

Le combat peut sembler perdu d’avance tant le rapport de force est inégal. C’est pourquoi nous comptons sur la mobilisation de tous les agents qu’ils soient victimes de près ou de loin de ce projet.

Il est temps de faire valoir nos droits, de faire entendre notre voix !
Ne nous laissons pas piétiner par ce projet d’Entreprise qui a déjà commencé à bousculer nos vies professionnelles et personnelles.  

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