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Le chef économiste d’EDF passe chez TotalEnergies au moment où l’entreprise annonce des résultats exceptionnels pour 2021

Il y a quelques jours, le chef économiste d’EDF,  Thomas-Olivier Léautier nous quittait pour rejoindre l’un de nos principaux concurrents, TotalEnergies.

Il est vrai que TotalEnergies avait quelques arguments pour l’attirer puisque l’entreprise vient d’annoncer, non sans fierté, des résultats exceptionnels pour 2021. Ses actionnaires ont été très bien traités : ils ont récupéré 33% sous forme de dividendes, qui culminent à 7.2 Mds €. Les actionnaires profitent donc d’une rentabilité très élevée de leurs capitaux investis, de 17% ! Et le PDG M. Pouyanné annonce déjà une nouvelle augmentation de 5% des dividendes du prochain trimestre ! 

Lors de la présentation des résultats financier, les dirigeants de TotalEnergies ne cachent pas qu’ils doivent en grande partie ces très bons résultats à la hausse des prix du gaz. Cela a évidemment boosté, avant tout leur activité GNL (Gaz Naturel Liquéfié), mais aussi leur activité électricité. Ils se réjouissent non seulement de l’envolée des prix, qui leur a été favorable, mai aussi de leur volatilité qui leur permettent de spéculer ! Et cela ne les empêche pas d’aller toucher les aides d’Etat sous la forme des 20 TWh d’ARENH supplémentaire (c’est-à-dire concrètement que l’Etat a demandé à EDF de reverser à ses concurrents, dont total, la différence entre le prix de marché, qui tourne autour de 200 €/MWh et le coût de production estimé à 46.2 €/MWh).

Il est vrai qu’il n’émanait pas de la présentation un grand sens de l’intérêt général mais plutôt une certaine morgue : l’heure était à la fête et à l’auto-congratulation, et tant pis pour ceux qui n’arrivent plus à se chauffer ou à remplir le réservoir. Un exemple particulièrement révélateur : grâce à leur beau projet de méga ferme photovoltaïque au Qatar (10 km * 10 km), les investisseurs sont généreusement invités à la coupe de monde de football dans ce beau pays des droits humains !  Autre projet potentiellement très lucratif mais encore plus contestable : le projet d’oléoduc (1440 km) en Ouganda-Tanzanie, très contesté par les ONG de défense de l’environnement et en contradiction flagrante avec l’objectif de neutralité carbone en 2050. Ainsi, L’Agence Internationale de l’Energie appelait l’année dernière à cesser les investissements dans le fossile, indiquant que « L’exploitation et le développement de nouveaux gisements de pétrole et de gaz doivent cesser cette année […] si le monde veut rester dans les limites de sécurité du chauffage mondial et atteindre l’objectif de zéro émission nette d’ici 2050. »

M. Léautier sera très bien dans cette entreprise. Tenant d’une économie ultra-libérale, il prônait la suppression des tarifs réglementés de vente, le développement de la tarification dynamique (très dangereuse pour les consommateurs car indexée sur les prix de marché spot frôlaient les 600€/MWh en décembre). Dans le journal La Tribune, en Juin 2016, il désespérait : « C’est donc sans grande illusion que nous appelons une nouvelle fois de nos vœux une vraie libéralisation des marchés de détail de l’énergie, ce qui passe par la disparition des Tarifs Réglementés de Vente ». Ainsi, après avoir poussé à la libéralisation qui met en difficulté EDF mais surtout l’ensemble des usagers, il va faire profiter de ses lumières TotalEnergies … et bénéficier en retour de certains avantages, certainement.

Au passage, les collègues qui se sont vus appliquer des clauses de non-concurrence (par exemple un collègue à qui EDF R&D a refusé un détachement à Enercoop, coopérative ô combien dangereuse) ou tous ceux qui s’arrachent les cheveux dans les procédures de protection commerciale des données et les interdiction de partager la connaissance avec d’autres entreprises ou filiales du groupe, apprécieront le fait que le passage du chef économiste d’EDF à TotalEnergies ne pose apparemment aucun problème !

A vrai dire, compte-tenu de ses positions, nous n’avons qu’un mot : bon vent ! Mais que nos dirigeants ne viennent pas nous dire qu’ils défendent le service public, ni même notre entreprise, quand ils choisissent d’embaucher un tel profil ! Nous devrions plutôt leur demander ce qu’étaient leurs motivations pour une telle embauche !

Télécharger ici un extrait du support de présentation des résultats de TotalEnergies, le 10 février 2022

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