Un climatosceptique à la tête du conseil scientifique d’EDF

Sa nomination par Bernard Fontana en juillet dernier a été relativement discrète, il serait cependant intéressant de s’interroger sur ce choix. Alors, qui est Marc Fontecave, le nouveau président du Conseil Scientifique d’EDF ?

Reprenons dans un premier temps sa présentation sur l’intranet d’EDF : professeur au Collège de France, Marc Fontecave est titulaire de la chaire « Chimie des processus biologiques » depuis 2008, et dirige le laboratoire du même nom, une unité mixte de recherches Collège de France-CNRS-Sorbonne Université. Il est membre de l’Académie des sciences depuis 2005, où il préside le Comité de prospective en énergie.

L’Académie des Sciences a un rôle d’expertise scientifique et est impliquée dans les débats sociétaux : elle a par exemple rédigé un avis sur la programmation pluriannuelle de l’Énergie (Académie des Sciences, 2025). Alors voilà, Marc Fontecave bien que chimiste, préside le comité de prospective énergétique depuis 2018 (Académie des Sciences, 2025) et ne semble pas se mettre en retrait depuis sa prise de fonction chez EDF. Un léger conflit d’intérêt semble dès lors pointer le bout de son nez.

Restons sur le conflit d’intérêt. Pour le compte du Collège de France, Marc Fontecave a co-signé un contrat de mécénat de TotalEnergies pour financer des conférences sur le changement climatique. Lui-même est par ailleurs financé par la multinationale pour ses travaux (France Info, 2025). Indépendamment de la question que cela soulève sur la liberté académique et l’instrumentalisation de la science, Marc Fontecave avoue sans honte que le Collège de France ne peut publiquement critiquer TotalEnergies : « Moi, je ne critique pas Total parce qu’il y a un mécénat et que nous travaillons avec ce mécène, comme avec d’autres. Mais quiconque critique Total peut le faire dans l’enceinte du Collège de France. » (France Info, 2025). À l’heure d’une condamnation historique de TotalEnergies pour désinformation climatique, cela interroge (Le Monde, 2025).

Publiquement, Marc Fontecave reconnaît la hausse des températures mais dénonce le “catastrophisme climatique”, thème pour le moins explicite de son livre sorti en 2020 (Halte au catastrophisme! Les vérités de la transition énergétique, Flammarion). Il défend une transition écologique reposant sur le solutionnisme technologique mais entre les lignes, il continue d’instiller le doute sur la crise climatique. Par exemple, sur la fiabilité du GIEC dans cette intervention sur Sud Radio au micro d’André Bercoff lors de la sortie de son dernier livre (Sud Radio, 2020) : “Si on admet, et je crois qu’il faut le faire, la théorie qu’il y a une relation mathématique – d’ailleurs avec des équations établies par le GIEC qui valent ce qu’elles valent, demain ce sera sûrement une autre équation – eh bien oui, on connaît nos émissions de CO2 donc on peut le traduire en température. C’est une théorie qui est développée par le GIEC qui vaut ce qu’elle vaut, c’est comme dans toute la science, on établit des vérités à un moment donné, certaines deviennent des vérités, comme la Terre est ronde. Mais des vérités à un moment donné peuvent changer, et la climatologie est une science relativement nouvelle. Ceux qui travaillent sur d’autres explications sont très attaqués mais ne devraient pas l’être car ce sont des scientifiques mais comme ça va contre la doxa CO2…”. Il est grave à ce niveau de responsabilités de ne pas savoir que le GIEC ne développe rien, mais synthétise des dizaines de milliers d’articles scientifiques, chacun vérifié par des pairs, et qui se basent sur des modèles corroborés par de nombreuses preuves empiriques.

Dans cette même intervention, Marc Fontecave affirme qu’il n’y a pas à s’alarmer, surtout en France où « on ne fait pas rien » car « aujourd’hui toutes les grandes entreprises françaises et on a des fleurons hein : Total, St Gobain, Air Liquide, nos constructeurs automobiles… Tous sont engagés… dans cet… dans ce… donc c’est ça que je veux dire aux français. Ne basculez pas dans ce discours qui est de l’idéologie, selon moi ». Nous pouvons légitimement nous poser la question : qui s’appuie sur une idéologie ici ?

Marc Fontecave remet donc en cause l’urgence à agir à contre le réchauffement climatique et a fait une nouvelle sortie remarquée le 5 juin 2025, lors d’une table ronde au Collège de France co-financée par TotalEnergies : « L’urgence, au fond, ça nous dit qu’il y a une date que nous savons, où la fin du monde est proche, où c’est la catastrophe, etc… En fait, cette date, on ne la connaît pas et c’est pour ça qu’il faut peut-être modérer un peu cette notion d’urgence » (France Info, 2025). Drôle de conception du principe de précaution : Marc Fontecave serait-il prêt à sauter d’un avion sans parachute sous prétexte qu’on ne sait pas exactement quand il va s’écraser au sol ?

Mais surtout, le GIEC ne nous dit pas qu’on ne peut pas « attendre trop longtemps ». Le GIEC nous dit qu’on a déjà trop attendu pour éviter un réchauffement de 1,5°C, mais que chaque dixième de degré supplémentaire compte pour éviter les pires conséquences pour une grande partie de la population mondiale !

Quel signal le groupe EDF veut-il envoyer avec cette nomination ?