La crise des renouvelables montre l’impasse du marché de l’électricité – mobilisons-nous le 29 septembre !
Face à la crise du secteur des énergies renouvelables, la Fédération SUD Énergie a créé une commission dédiée aux travailleur⋅euses des EnR pour s’organiser collectivement, accompagner les salarié·es et continuer à porter des revendications pour mettre fin à la casse de l’emploi. Alors que des milliers d’emplois sont menacés, nous refusons que les salarié·es servent de variable d’ajustement aux choix du marché et des entreprises. C’est pourquoi SUD Énergie prend pleinement part à l’organisation de la mobilisation du 29 septembre, avec un rassemblement à Paris à 12h à la Cité des Sciences et de l’Industrie, à l’occasion du colloque du Syndicat des énergies renouvelables, et à Montpellier à 11h, place des Martyrs-de-la-Résistance, devant la préfecture. Partout, les salarié·es des EnR doivent pouvoir se mobiliser pour défendre leurs emplois et leur avenir.
La crise du secteur a des origines profondes. La publication récente de la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) devait donner une trajectoire à la transition énergétique française pour les prochaines décennies. Elle révèle finalement l’incapacité persistante à sortir d’un pilotage fondé sur la concurrence, les arbitrages politico-budgétaires de court terme et l’instabilité des marchés. Derrière les annonces gouvernementales sur le “triplement” du photovoltaïque, les objectifs réels ralentissent par rapport à la dynamique actuelle de la filière et restent dépendants de plafonds de soutien, des appels d’offres et de décisions politiques réversibles.
Cette situation a déjà des conséquences très concrètes. Dans les bureaux d’études, chez les développeurs, dans les entreprises de construction ou de maintenance, les restructurations, les gels d’embauche et les licenciements se multiplient. Toute la filière vit suspendue aux volumes de projets autorisés et aux signaux envoyés par l’État. Lorsque les commandes ralentissent, l’ajustement se fait immédiatement sur le travail. Les salarié·es deviennent la variable d’ajustement permanente d’un système incapable d’assurer une continuité industrielle stable.
Cette insécurité produit aussi un effet politique plus profond. Beaucoup de travailleurs et travailleuses du secteur, par crainte de perdre leur boulot, restent enfermé·es dans une défense immédiate de leur entreprise ou de la filière, quitte à jouer l’alliance avec les organisations patronales… Mais penser uniquement en termes de “défense de la filière” ne permet plus de répondre au problème de fond. Les renouvelables resteront structurellement fragiles tant qu’elles fonctionneront dans un marché concurrentiel où chaque acteur dépend de sa rentabilité immédiate et où les volumes peuvent être ralentis du jour au lendemain.
Un secteur privé au crochet de l’argent public
Car contrairement au récit dominant notamment tenu par les patrons et leurs lobbies, les renouvelables ne se sont jamais développées grâce au marché. Le photovoltaïque et l’éolien encore plus vivent déjà largement du soutien public. Tarifs d’achat, appels d’offres, objectifs fixés par l’État, programmation énergétique, règles de raccordement, investissements réseau, etc… toute la filière dépend d’orientations collectives ! Ce que l’on appelle aujourd’hui “marché” est en réalité une planification fragmentée organisée autour et pour de la concurrence entre acteurs privés.
Et cette organisation produit mécaniquement de l’instabilité. Les entreprises se disputent des volumes limités de projets, les investissements dépendent des anticipations de rentabilité financière et toute la filière des énergies renouvelables fonctionne par cycles de boom et de ralentissement. Les renouvelables et leurs salarié·es qui les font tourner se retrouvent alors particulièrement exposées parce que les entreprises du secteur sont souvent plus petites, plus récentes et plus facilement sacrifiables que les grands groupes historiques de l’énergie.
La droite et l’extrême droite utilisent déjà cette fragilité pour attaquer les renouvelables en présentant leurs difficultés comme la preuve de leur inefficacité. Pourtant, les problèmes actuels ne viennent pas des technologies elles-mêmes mais du cadre économique dans lequel on essaie de les faire fonctionner. Les besoins futurs en électricité nécessitent massivement du solaire et de l’éolien 1. Le problème n’est pas la nécessité des renouvelables mais bien l’organisation marchande de leur développement.
Les contradictions apparaissent particulièrement avec la multiplication des prix négatifs sur le marché SPOT de l’électricité (le marché à court-terme). Lors des périodes de forte production renouvelable et de faible demande, les prix deviennent parfois nuls voire négatifs. Cette situation illustre parfaitement les limites d’un système où la valeur de l’électricité dépend de mécanismes marchands déconnectés des besoins sociaux et des coûts réels de production.
Dans un système réellement planifié, ces variations seraient anticipées par des investissements coordonnés dans les réseaux, le stockage, les flexibilités et l’électrification des usages industriels et résidentiels. Dans un système de marché, elles deviennent une source supplémentaire d’instabilité économique qui fragilise les producteurs et ralentit les investissements. Les technologies indispensables à la décarbonation se retrouvent ainsi pénalisées précisément parce qu’elles produisent une électricité abondante et peu coûteuse.
La PPE3 illustre cette incapacité structurelle à penser la transition autrement que comme un compromis permanent entre intérêts industriels concurrents, contraintes budgétaires et calculs électoraux. Les trajectoires restent floues et réversibles. Les renouvelables et, dans le même temps, leurs salarié·es deviennent des variables d’ajustement politiques, notamment face aux offensives d’une droite de plus en plus hostile à l’éolien terrestre tout particulièrement et au photovoltaïque.
Dans ce contexte, continuer à opposer les technologies entre elles ou défendre séparément chaque filière énergétique devient une impasse. Le problème n’est pas de choisir entre nucléaire, hydraulique, solaire ou éolien comme s’il s’agissait de marchés concurrents ou de technologies autonomes politiquement. Le problème est l’organisation globale du système énergétique et des investissements nécessaires à la transition écologique.
La socialisation de l’énergie devient centrale et nécessaire
Le 10 février 2026, quelques jours avant la publication de la PPE3, une première mobilisation historique des salarié·es des renouvelables a eu lieu à Paris et Montpellier. Elle montre un début de prise de conscience des contradictions dans lesquelles les salarié·es sont enfermé·es… Mais aussi ses limites. Beaucoup restent encore dans une logique consistant essentiellement à demander “plus de renouvelables” sans remettre en cause le cadre marchand qui produit précisément l’instabilité actuelle. Ce réflexe semble logique face à une menace directe sur l’emploi, qui est justifiée par les Directions par le manque d’appels d’offres. Après la mobilisation de février, la dynamique s’est rapidement affaiblie. Parmi les causes, on trouve le très faible niveau d’organisation syndicale dans le secteur mais aussi la composition du salariat du secteur. En effet, les salarié·es sont dispersé·es dans des entreprises jeunes et éclatées et bénéficient de niveaux de salaires plus élevés que la moyenne. Pourtant, sans organisation collective les plans de réorganisation, plans de licenciement officieux ou officiels seront appliqués sans réelle négociation ou propositions alternatives, faute de rapport de force construit. Sans remise en cause du marché de l’électricité lui-même, les renouvelables resteront condamnées à subir les mêmes crises à répétition, et à la fin, c’est aussi la transition énergétique qui trinque.
Le syndicat SUD Énergie défend depuis longtemps cette perspective, notamment dans l’ouvrage L’énergie est notre avenir, socialisons-la ! 2, qui pose la nécessité de sortir l’énergie des logiques marchandes et de reconstruire un véritable service public énergétique. Cette orientation est essentielle. Mais la situation actuelle montre aussi qu’il faut pousser plus loin la réflexion sur les mécanismes de financement de la transition. Tant que les investissements nécessaires dans les renouvelables, les réseaux, le stockage ou l’électrification dépendront principalement de la dette émise sur les marchés financiers et des exigences de rentabilité du capital privé, la planification restera fragile et soumise aux arbitrages budgétaires permanents.
Pour reprendre le pouvoir sur l’avenir de nos emplois et la transition énergétique rejoins la commission énergies renouvelables de SUD Energie en envoyant un mail à : contact@sudenergie.org
Et le 29 septembre, toutes celles et ceux qui refusent la casse de l’emploi et défendent une véritable transition énergétique doivent se mobiliser. Il n’y aura pas de transition énergétique sans celles et ceux qui la portent au quotidien. Faisons de cette journée une nouvelle étape pour construire le rapport de force nécessaire.
Signature : Fédération SUD Energie
1 : Comme le rappellent Réseau de Transport de l’Electricité, l’Agence de la transition écologique, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ou encore l’Agence internationale de l’énergie.

